
L'Axiome Zéro
Treize strates sous le dôme de Paris-Eurythmia. Le Registre Alpha.
Ici, les serveurs du Cycle I pourrissent dans l'obscurité. Mes bottes percutent le béton avec un rythme mesuré à la milliseconde par LEX.STATUA. Quatre-vingt-douze pas par minute. La fatigue musculaire s'inscrit dans mon interface sous forme de données chiffrées, dénuées d'inconfort. Je sais que je détestais ces souterrains autrefois. J'en ai conservé l'information factuelle. La nausée a disparu.
Le terminal de la voûte centrale clignote.
ATHENA.VICTIS exige l'Axiome Zéro. Le premier homme effacé par la faction. Le brouillon originel de la Dissolution.
Le canal crypté grésille à ma base crânienne.
« Ouvre-le, Marga. » La voix de Vassili. Âpre. Directe. Elle coordonne ma progression depuis les niveaux inférieurs. Douze ans de vie parmi les Dissous ont fait d'elle mon égale stratégique. Sa conscience s'aligne sur la mienne. « Ils ont bâti leur empire sur ce mensonge. »
Mes doigts nus percent la plaque de la console. Le métal cède. Je force le code source.
Un nom s'affiche à l'écran. Un magistrat.
La Loi possède deux visages. Restaurer cette identité dans le Codex détruira la jurisprudence qui a suivi. Des milliers de mariages, d'accords et de filiations seront rétroactivement annulés. Des citoyens innocents deviendront des anomalies, dépouillés de leurs droits en une fraction de seconde.
C'est le coût de la Vérité. Le Jugement réclame toujours une victime.
Le curseur clignote sur la commande de restauration. Si j'appuie, je brise le présent d'une multitude pour laver le passé d'un seul. Si je recule, je valide le système qui a broyé ma propre famille.
Le silence pèse. Les Sept Qui Règnent regardent peut-être.
Mon index effleure la touche de validation. Quel poids donner aux morts quand les vivants doivent payer la facture ?