
Le Solde des Geôliers
Le battant glisse sans un frottement.
Je franchis le seuil. La salle des délibérations est noyée dans la pénombre, éclairée par les faisceaux d'un terminal tactique. Cinq silhouettes en toge s'y penchent. Les anciens maîtres des registres. Ceux qui signaient les effacements dans mon dos, pendant que je classais sagement mes dossiers.
Ils se retournent.
Le décompte martèle ma tempe gauche. Mon effraction exige son tribut, une masse de données équivalente à l'effacement de trois cents pupilles, isolée pour l'instant derrière mes propres pare-feux. La pression menace d'éclater ma vision. Mon nez saigne toujours.
« Vassili, » je murmure.
« Vingt secondes avant que les purgeurs fassent sauter le sas derrière toi, Marga. Jette la charge. »
L'un des administrateurs esquisse un geste vers la console d'alarme. Je n'ai pas besoin d'arme pour l'arrêter. L'armure blanche et or de LEX.STATUA se déploie sur mes épaules, calant ma posture. Ma main tranche l'air.
CASSATIO.
L'injonction ne vise pas leurs corps. Elle vise leurs lignes de contrat. Le système réclame une dette pour équilibrer la serrure forcée. Je redirige la requête de paiement, détachant le coût des trois cents enfants pour l'ancrer directement sur les matricules des cinq hommes présents.
Un transfert arithmétique. Froid.
L'administrateur près de l'écran s'effondre. Pas la moindre blessure visible. La machine vient de prélever la pénalité sur son existence légale, siphonnant son identité jusqu'à la dernière décimale pour solder mon passage. Les quatre autres suivent, fauchés par le poids d'une Dissolution accélérée qu'ils croyaient réserver aux dissidents.
Leurs enveloppes s'affaissent sur le marbre. Des coquilles vidées de leur nom.
Le bourdonnement dans mon crâne cesse d'un coup. Le compte est bon.
Dans mon dos, la porte extérieure explose sous les charges des purgeurs. Je ne me retourne pas. J'enjambe les cinq corps anonymes, les yeux fixés sur l'accès du grand dôme.