
La Racine sous le Dôme
Le dôme respire à l'envers. Au centre, suspendu dans le vide, un arbre de contrats — des milliers de fils dorés qui descendent vers une racine unique, palpitante, ancrée dans le sol de marbre.
Je m'avance. Mes capteurs lisent la structure et le diagnostic me serre la nuque.
« Vassili. Ils se sont câblés au cœur. »
« Je vois. » Sa voix racle dans ma boîte crânienne. « Chaque maître a greffé son matricule sur la maintenance de la cité. Eau. Air. Lumière. Tu coupes leur chaîne, tu coupes tout. »
Quarante millions de signatures dépendent de cette racine. Je remonte les fils un à un. Les anciens maîtres ne se sont pas contentés de mentir : ils ont fait de leur propre survie la condition de la mienne, de celle des Dissous, de chaque enfant parqué dans les Friches. Une prise d'otage gravée dans le Codex.
Derrière moi, les purgeurs forcent le sas. Métal contre métal. Je ne me retourne pas.
LEX.STATUA descend sur mon bras. Je pose ma paume contre la racine. Elle bat sous le gant, tiède, vivante.
Deux verdicts s'offrent. Trancher net — et précipiter la cité dans le noir, l'eau coupée, les arches solaires aveugles, des millions de morts pour solder une justice. Ou disséquer fil par fil, isoler chaque matricule coupable sans toucher à la maintenance. Des heures de travail. Je n'ai pas des heures.
Je choisis la lame lente.
CASSATIO, mais nominative. J'entre dans l'arbre et je commence à éplucher. Le premier fil cède — le contrat d'un maître se détache de la pompe à eau qu'il prenait en otage. La pompe tient. Mon nez saigne. Le second fil. Le troisième.
Vassili : « Marga. Ils ont senti l'intrusion. Le registre se reconfigure. »
L'arbre frémit. Les racines se multiplient pour me noyer sous de fausses signatures.
Je ne lâche pas le fil.