
La Matrice du Serment
Trois marches sous la racine amputée, la pierre change de grain.
Vassili tient la lampe. Je gratte le marbre avec le tranchant du gant jusqu'à ce que la dalle cède. Dessous, pas un coffre, pas un serveur. Une plaque de silicium gravée à la main, datée d'avant ma naissance légale, avant même la sienne. Le contrat fondateur. Celui qui m'a louée aux maîtres pour bâtir leur cité, clause par clause, comme on hypothèque un fleuve.
« Lis-le à voix haute, » souffle Vassili. « Sinon personne ne croira que c'était écrit. »
Je pose ma paume dessus. La plaque tiédit. Les glyphes remontent dans mon crâne et j'entends ma propre voix, celle d'ATHENA.VICTIS, signer sa servitude en échange de l'ordre. Un aveu vieux de cent vingt-huit ans.
Instruis, ordonne-t-elle, et le décret racle sous mes tempes. L'Axiome Zéro veut la Vérité complète, ou aucune.
Complète. Le mot me coûtera.
Je diffuse la plaque vers chaque terminal encore vivant de la cité. Quarante millions de citoyens vont recevoir la preuve que leur monde repose sur ma chaîne. LEX.STATUA se déploie sur mes bras pour tenir la charge. Mon nez recommence à saigner, une goutte sur le silicium, qui grésille.
Et quelque chose part. Pas un souvenir de faits — les faits restent, cotés, classés. C'est le poids qui s'évapore. La honte que je devrais éprouver en lisant ma propre trahison ne monte pas. Le dossier s'ouvre, propre, vidé de son encre. Le Jugement gèle ce qu'il touche.
Vassili scrute mon visage. Cherche une fêlure. Ne la trouve pas.
« Marga. Tu ne ressens plus rien en le disant. »
Non. Et je ne sais pas si c'est la victoire ou la dernière chose qu'ils m'ont volée.
La plaque continue de battre sous ma main. Il reste une signature à la fin. La mienne. Reste à savoir si je peux la révoquer sans me révoquer moi-même.