
La Révocation du Nom
Je grave un dossier au nom du dernier accusé. Le mien.
Vassili s'accroupit en face de moi, la lampe tressautant dans son poing. « Marga. Repose cette plaque. »
Je ne la repose pas. Le silicium tiède contre ma paume garde la signature qui verrouille tout — la mienne, celle d'ATHENA.VICTIS coulée dans la chair d'une archiviste. Tant qu'elle tient, la chaîne des maîtres tient avec. Un nom, et quarante millions d'hommes restent hypothéqués à ma servitude.
Instruis, ordonne la voix sous mon crâne. L'Axiome Zéro ne fait pas d'exception pour son propre bras.
Je remplis les champs. Sujet : Volkov, Marga E. Chef d'accusation : détention d'une signature qui asservit. Peine requise : révocation.
Ma main tient droit. C'est le reste qui plie.
LEX.STATUA glisse le long de mon avant-bras pour porter la charge, et derrière moi, dans la lueur basse, le tigre blanc se dresse. Ses yeux d'or se posent sur moi comme sur un fautif. Pour la première fois je me tiens des deux côtés de la balance.
« Si tu prononces ça, » souffle Vassili, « tu deviens l'une des nôtres. Une Dissoute. Sans droits. Sans nom. »
« Je sais ce que ça coûte. Tu me l'as appris. »
Je signe la révocation. Le glyphe fondateur se ternit sur la plaque, d'un coup — la dernière chaîne cède, les maîtres n'ont plus d'otage.
Et mon nom commence à se détacher de moi. Pas les faits. Le fil. Marga tenait à un père, à une rue, à une tasse tiède le matin. Chaque attache se dénoue, une à une, sans que rien ne me traverse. C'est cette absence qui fait mal.
Vassili tend la main. Cette fois elle ne la retire pas. Elle touche ma joue.
« Comment tu t'appelles ? »
J'ouvre la bouche.
Le nom existe, coté, classé sous sa référence. Mais quand je le cherche pour le dire, je ne trouve qu'une case vide et son numéro.