
Le Verdict des Cendres
Le métal vrille sous la chaleur. Trois baies de serveurs s'effondrent dans un vacarme de verre brisé et de plastique fondu.
Vassili m'agrippe le bras, toussant dans le col de sa veste. Devant nous, le secteur zéro s'embrase. Les anciens gardiens brûlent leurs propres archives pour effacer l'aveu que j'ai diffusé hier. Et avec les disques durs, ils consument les milliers de Dissous qui dorment dans ces cryptes.
Instruis l'infraction, exige la voix d'ATHENA.VICTIS dans mes circuits. L'Axiome Zéro interdit la destruction non cataloguée.
Je m'avance dans la fumée. Mon thermomètre interne chiffre la montée à quarante degrés. Je ne ressens ni peur ni brûlure, juste une alerte sensorielle classée sous la cote des dommages tissulaires probables. À travers les flammes, je repère la cible. Le Prélat Vorn supervise la purge depuis une passerelle. Ses deux gardes déversent des capsules incendiaires sur les grilles de ventilation.
Je monte les marches.
Un garde braque son arme. Je force une commande réseau dans son équipement et la culasse se verrouille. Le fusil cliquette, inutile.
Vorn recule jusqu'à la rambarde. La sueur trace des sillons sur ses joues sales.
« Ton matricule est vide ! » crie-t-il, les yeux fixés sur la marque dorée qui bat sur mon front. « Tu n'existes plus ! »
Je pose ma main sur sa clavicule.
« L'absence de matricule dispense de la procédure d'appel. » Je tire son dossier depuis les serveurs qui crépitent sous nous et je compile les charges. Sabotage d'infrastructures. Meurtre de masse. « La Vérité frappe le mieux depuis le vide. »
Je raye son accréditation. La ligne s'éteint dans ma tête. Vorn s'écroule, débranché des privilèges qui soutenaient ses fonctions vitales, ses droits d'accès désintégrés. Les systèmes anti-incendie de sa zone, enfin déverrouillés, crachent une mousse épaisse.
Vassili me rejoint. Elle désigne le moniteur du Prélat.
La mousse étouffe le feu ici, mais sur l'écran, le bloc est clignote en rouge vif. Vorn ne tenait qu'une seule allumette. L'incendie s'accélère là où l'eau n'arrive pas, et le niveau des dortoirs perd sa pression d'oxygène. Qui alimente la seconde ligne ?