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Dans une planque en béton sous un néon qui clignote, une femme aux yeux argentés s'éloigne d'une arme posée sur une table pliante.

Retirer les leviers

« Il s'appelle Oren Castellane. »

Vassili tourne l'écran vers moi sans se lever. Le visage d'un vieil homme, badge de gardien révoqué au Cycle V, adresse effacée depuis onze ans. L'archive arrachée à l'Intendant le désigne sans détour : sa signature est au bas de l'ordre qui a fermé les vannes. Et ce matin, il a déposé une demande de maintenance pour le secteur ouest. Trois mille lits. Des Dissous, pour la plupart.

« Une purge pour noyer la première », dit-elle.

Je me lève. Elle aussi.

« Non. Tu restes. »

Sa main s'arrête sur la sangle de son arme. Je connais la suite du calcul. Castellane a servi quarante ans, il sait lire un corps, et il cherchera le mien à travers le sien. Chaque personne à mes côtés devient une poignée qu'on peut saisir. Le Registre Alpha le formule en trois lignes. Isoler la cible. Isoler le juge.

« Tu m'as sortie d'une cellule pour m'enfermer dans un placard ? »

Je lui dois une réponse. Je fouille ma mémoire pour trouver la phrase que Marga aurait eue, celle qui adoucit. Le tiroir est vide. Il me reste le règlement.

« Tu es un levier. Je retire les leviers. »

Cette fois, elle ne recule pas. Elle rit, un rire bref, sale, qui lui casse la voix au milieu. Puis elle défait la sangle, pose l'arme sur la table pliante et la pousse vers moi du plat de la main.

« Alors prends ça aussi. Moi, je n'en veux plus. »

Le métal a gardé la chaleur de sa paume. Dix-neuf degrés. Je le note. Je laisse l'arme sur la table.

La porte se referme derrière moi. Dans le couloir, le tube fluorescent saute. Neuf. Je descends vers l'ouest. Castellane a fixé la maintenance à quatre heures. Il reste cinquante-trois minutes. Et quelqu'un, sur le réseau de secours, vient de demander la position de notre planque.