
Deux mots pour Vassili
Douze marches. Je les descends sans lumière, la crosse de Vassili calée sous l'avant-bras, le pouce sur la plaque nue.
L'homme est déjà dans le sanctuaire. Je l'entends avant de le voir : un tiroir qu'on force, des feuillets qu'on jette. Il cherche les noms des Dissous dans les mauvais casiers. Il ne sait pas lire nos cotes.
Je coupe son implant à quatre mètres. La facture tombe tout de suite : derrière mes yeux, l'adresse d'une cantine du niveau 9 s'efface. Je la note perdue. Il chancelle, se rattrape au rayonnage, et se retourne avec le même calme poli qu'au transmetteur.
« Praetor. Vous êtes venue seule. »
Je pose le canon sous sa mâchoire. Le métal a gardé ma chaleur de la nuit.
« Les quatre minutes quarante. Toutes. »
Il ne se débat pas. Il raconte comme on lit un procès-verbal : l'étagère, la toux, le dix-neuvième coup. Puis le silence, et sa voix à elle, mouillée, presque gaie. Elle a donné une adresse. Galerie sud, troisième casier, sous la grille d'aération. Ici.
J'ouvre le casier. De la poussière. Un élastique.
« Elle a menti, dit-il. Elle souriait en mentant. Vous lui aviez préparé ce leurre, n'est-ce pas ? Ou bien elle nous a vendu le vrai, et vous l'avez déplacé sans vous en souvenir. »
Mon registre interroge ses colonnes. Leurre convenu : donnée manquante. Transfert des noms : donnée manquante. Le jour où nous aurions pu en décider ensemble, je l'ai dépensé contre Castellane.
La Loi me demande de graver. Je tiens le stylet au-dessus de la ligne de Vassili, dans le Registre Alpha. Deux mots possibles. Traîtresse. Témoin. La pointe reste à un millimètre de l'écran, et ma main, pour la première fois depuis la cuve, ne sait pas descendre.
L'homme attend, les yeux sur mes doigts.
« Vous ne savez pas, Praetor. Et quelqu'un, dehors, sait où dorment les vrais noms. »
Au bout de la galerie, une porte se ferme. Pas celle par laquelle je suis entrée.