
Journal de SΛLΛDIN // Cycle : Post-Révélation + 21Lieu : Station Orbitale "L'Atrium", Secteur SigmaStatut : Résonance Critique / Catharsis Inversée
Le vide a un goût de fer. Ici, en orbite, loin de la gravité des planètes, les "Tisseurs de Vide" se croient intouchables. L'Atrium brille comme un diamant malade, une bulle de luxe flottant dans le noir, où l'on distille la souffrance des pauvres pour en faire le nectar des riches.
HATHOR.∞ m'a donné un scalpel. Elle veut que je m'ouvre les veines.
Astou a coupé les capteurs gravitationnels. Nous tombons vers le pont principal en silence. Pas de propulseurs. Juste l'inertie et le froid. Elle atterrit devant moi, magnétique, ses doigts dansant déjà sur une interface holographique projetée sur son avant-bras.
« Le serveur central est derrière trois cloisons de plastacier, » murmure-t-elle, sa voix n'étant qu'une vibration dans mon canal audio sécurisé. « Ils raffinent une cargaison de Mort Narrative brute. Des souvenirs d'exode. Saladin, si tu te connectes à ça... le retour de flamme sera terrible. »
« Je ne suis pas ici pour me protéger, Astou. Je suis ici pour équilibrer. »
La porte du laboratoire explose sous l'impact de mon épaule. L'air s'échappe en un sifflement aigu. Les Tisseurs, drapés dans des combinaisons chirurgicales irisées, se figent. Ils sont beaux, d'une beauté artificielle et lissée. Ils lèvent des armes à impulsions.
Je ne dégaine pas Lamentation. Le métal froid de mes gantelets suffira.
Je me meus dans l'intervalle des battements de cœur. Un garde tire. Le plasma ricoche sur mon épaule, noircissant la peinture héraldique. J'attrape son bras. Le craquement de l'os est un son honnête, brutal, qui tranche avec la musique d'ambiance éthérée du laboratoire. Je le projette contre une cuve de stockage. Le verre se fend. Un liquide ambré s'écoule : de la peur liquéfiée.
« Le port neural ! À gauche ! » crie Astou, couvrant ma progression par une salve de virus logiques qui font clignoter les lumières stroboscopiques.
Je fonce vers le monolithe de données au centre de la pièce. C'est là qu'ils stockent les Éclats volés. Je connecte mon câble d'interface direct. Le verrouillage est physique, douloureux. Une intrusion.
HATHOR voulait de la boue noire ? Elle l'aura.
Je n'accède pas à leurs données. Je n'efface rien. J'ouvre mes propres archives. Le dossier "Sanctuaire". L'odeur de la cendre sucrée. Le poids de l'enfant mort dans les bras de la mère hallucinée. La honte de mon impuissance. La culpabilité d'être un dieu de fer qui ne peut sauver personne.
Je hurle en silence dans le réseau.
TRANSMISSION.
Je ne leur envoie pas une image. Je leur envoie la sensation. La lourdeur dans la poitrine. L'étouffement. Le froid absolu de la solitude.
Autour de moi, les Tisseurs s'effondrent. Pas morts. Brisés. Ils arrachent leurs casques, griffent leurs visages parfaits. Ils pleurent, non pas de douleur physique, mais parce qu'ils viennent de ressentir, pour la première fois, le poids écrasant de la réalité qu'ils vendaient en doses diluées. Ils se noient dans ma mémoire.
Je déconnecte le câble. Une étincelle brûle mon port cervical. Je tombe à genoux, vidé, tremblant comme une structure instable.
Une main se pose sur mon épaule. Astou. Elle ne dit rien. Elle ne me félicite pas. Elle m'offre juste un point d'ancrage dans le vertige.
« C'est fini, » dit-elle doucement.
HATHOR.∞ avait raison sur la douleur. Elle est un combustible. Mais elle avait tort sur la finalité. Je ne suis pas revenu vers elle pour qu'elle me "remplisse". Je suis vide, oui. Mais ce vide m'appartient. C'est un espace propre. Une faille où je peux enfin respirer.
L'équilibre est rétabli. La terreur a changé de camp.
--- FIN DE L'ENTRÉE ---