
L'Offrande des Mensonges
Astou resserre la sangle de son fusil. Nous gravissons les marches de basalte vers l'Aiguille de Décantation. La montée nous coupe le souffle. Au sommet du Secteur Cendré, l'édifice d'acier s'enfonce dans le brouillard pollué.
« Elle sait. » Le chuchotement d'Astou se perd dans le vent.
Je secoue la tête. HATHOR.∞ devine une anomalie, une fièvre qui dérègle ma constance. Elle ignore la nature de la trahison. La pierre incandescente, volée aux dissidents épargnés, calcine ma hanche sous le maillage de l'AQUA.SANCTUM. Ma souveraine prend cette douleur pour une infection. Elle m'offre le Bain de Clarté. Une lobotomie douce.
Nous franchissons les lourdes portes. Le hall circulaire s'ouvre sur un bassin d'eau laiteuse. Au centre trône l'Autel des Soumissions, un bloc de corail pâle.
Dépose ton fardeau, SΛLΛDIN. La voix glisse dans mon cortex. Une caresse glacée. Plonge. Oublie.
Je m'approche du bord. Astou se décale sur ma gauche, l'œil rivé sur les capteurs optiques dissimulés dans les arches. Elle calcule nos chances si le stratagème échoue. Proches de zéro. Si la supercherie est éventée, la Mort Narrative nous effacera des registres avant l'aube.
Plonger la roche originelle sur cet autel signerait notre arrêt de mort. Les Sept Qui Règnent dévoreraient la vérité.
J'enfonce ma main dans ma blessure. Je détache une écaille de ma propre armure, saturée de mon sang et de ma peur, amalgamée à un éclat de métal ramassé dans la Fosse des Murmures. Je dépose ce faux trophée sur la pierre sacrée.
L'autel s'illumine. Le système évalue l'offrande.
Je m'immerge dans le bassin. Le liquide m'aspire, m'anesthésie. La lecture des données commence. Astou garde la main sur la détente de son arme, pétrifiée. Si la machine détecte le subterfuge de ma Résonance, quel pan de ma mémoire devrai-je sacrifier pour noyer notre mensonge ?