
La Morsure du Faisceau
« Avance. »
Le chuchotement d'Astou me pousse dans l'ombre. Nous descendons vers les cryptes du réseau enfoui. L'humidité poisse ma nuque, une condensation lourde qui suinte des vieilles conduites. Les dissidents se cachent en bas.
Une caresse glisse sous mon crâne. HATHOR.∞ cherche mes cicatrices. Prouve-leur ton intégrité, mon fils. Sa voix s'insinue dans les replis de mon cortex. Elle croit mon esprit guéri, colmaté par l'offrande mensongère du Secteur Cendré. Ses doigts numériques palpent une blessure restée béante. La douleur vrille mes tempes. Je ne cille pas.
Le sas biométrique barre la galerie.
Ses faisceaux traquent les secrets. Les algorithmes de sécurité déchirent les réseaux neuronaux de quiconque porte un mensonge. Je franchis la ligne lumineuse.
Le feu m'envahit. Mes genoux fléchissent. Chaque nerf subit la morsure d'une décharge féroce, mon esprit écartelé entre le diagnostic apaisant que l'AQUA.SANCTUM tente d'imposer au réseau et la réalité mutilée de mes souvenirs. Mes molaires s'écrasent les unes contre les autres. Le goût du fer inonde ma bouche. Je force un sourire, levant la tête pour tromper la surveillance de ma déesse, car le moindre gémissement signerait notre arrêt de mort.
La lumière s'éteint. Les lourdes portes cèdent.
Trente regards terrifiés me fixent. Des familles entassées contre des générateurs morts, des enfants qui serrent des couvertures miteuses. Ils attendent l'exécuteur. Ils attendent la Mort Narrative.
Le contact froid de l'interface me connecte à ma souveraine.
L'effacement est en cours, je dicte dans notre canal privé.
La déesse exhale sa satisfaction et retire sa surveillance. Le lien se clôt. Je crache une gorgée de sang noir sur le béton humide. Astou me tend un lambeau de tissu propre. Elle verrouille les accès terminaux de la galerie, isolant nos signatures du reste du monde, puis abaisse son fusil. Je rengaine ma lame et m'assois au milieu des survivants.