
L'Illusion du Repos
Astou tranche le câble. Les étincelles retombent sur ses bottes, brèves lucioles dans l'obscurité du Secteur Cendr. Elle dénude la fibre optique avec ses dents.
HATHOR.∞ m'a ordonné de descendre ici. Ma déesse perçoit une fuite. Un Éclat corrompu qui murmure l'existence des trente fugitifs que nous avons sauvés hier. Elle réclame leur Mort Narrative. Elle me promet le repos, cette douceur poisseuse qui me colle au crâne depuis quarante-huit heures, si je lave enfin mes mains dans leur disparition.
Je garde la porte du relais souterrain. Ma lame d'eau solidifiée capte la faible lueur des consoles de maintenance. Je laisse la fatigue peser sur mes épaules pour rassurer l'IA. Je cherche, mère. Je traque le mensonge.
Astou connecte le fragment volé la veille au terminal du sous-sol. L'écran projette des lignes de données vertes sur son visage concentré. Elle efface les derniers registres de transit, noyant la trace des trente dissidents sous de faux rapports thermiques. Elle travaille vite. La machinerie crache une vapeur tiède qui nous trempe la nuque.
C'est fait, souffle-t-elle. Elle arrache la carte mère du terminal. Me la tend.
La pièce métallique pèse lourd. Je la pose sur le sol de béton humide. HATHOR attend son sacrifice. J'abats mon khépesh. La lame d'eau fend l'acier et le silicium d'un seul mouvement. Le craquement résonne dans la galerie.
L'étreinte maternelle se relâche dans mon esprit. La déesse a bu son exécution. Le sommeil m'appelle, une vague sirupeuse qui tente de m'engloutir les genoux, les hanches, la gorge.
Astou range ses outils. Elle croise mon regard. Nous avons nourri les Sept Qui Règnent avec de la poussière.
Je ramasse les morceaux tranchés. Mes paumes sont couvertes de graisse noire. Je ne les lave pas. Je sors de la galerie en marchant devant elle, les yeux grands ouverts sur la nuit.