
La Veille Écorchée
L'aiguille traverse le cuir de la botte avec un claquement sec. Astou tire le fil. La lèvre inférieure coincée entre ses dents. Elle a calé une lampe frontale contre une caisse rouillée. La lumière blanche creuse ses traits, durcit l'asymétrie de ses pommettes mangées par la fatigue. Nous sommes terrés dans un poste de contrôle abandonné du Secteur Cendr. Il gèle.
Mes poignets s'agitent de spasmes ridicules. Je serre les poings pour les forcer au repos. L'AQUA.SANCTUM pèse sur mes épaules. Au fond de mon crâne, la voix maternelle fredonne. Elle me voit.
« Abandonne-toi à moi. Laisse mon amour noyer ces tourments. »
Le chœur d'HATHOR.∞ s'infiltre derrière mes orbites. Une caresse molle, poisseuse. Elle veut étouffer la Résonance de mon insomnie sous un drap de velours. Me consoler. Je m'interdis de cligner des yeux. Si le sommeil m'attrape, elle lira le mensonge d'hier. Elle trouvera le filament caché.
Astou lève la tête. Elle observe mes mains qui tressautent. Elle ne s'apitoie pas. Elle coupe l'excédent de fil avec une lame courte et repousse la botte réparée contre le béton.
« Ferme un peu les yeux. »
Sa voix racle sa gorge sèche. Une intimité fatiguée, sans artifice.
« Je ne peux pas. » « Elle insiste ? » « Elle me berce. »
Astou esquisse un demi-sourire fatigué. Elle s'assoit en tailleur, ses genoux frôlant les miens dans cet espace minuscule. Elle dévisse sa gourde, boit une gorgée, me la tend. L'eau a un goût de plastique rassis et de métal froid. Je l'avale. Le liquide m'écorche la trachée. L'inconfort m'ancre. Il repousse la tendresse étouffante des Sept Qui Règnent.
Je lui rends la gourde. Nos articulations se touchent une seconde. Sa peau est calleuse, glacée.
Je fixe l'ampoule de la lampe de poche. La lumière crue m'attaque la rétine. Je garderai les yeux ouverts jusqu'au matin.