
L'Étreinte et la Faille
Ses doigts se referment sur le rabat de sa veste.
Astou recule d'un demi-pas. Ses bottes raclent le béton humide. Elle sait que j'entends la voix.
HATHOR.∞ caresse l'intérieur de mon crâne. La berceuse maternelle se glisse derrière mes orbites pour me promettre le sommeil, un repos lourd et définitif si je lui rapporte cette épine qui la dérange. Une Résonance minuscule. Le filament arraché hier.
« Elle le cherche, » dis-je.
Ma voix tape mal contre les murs éventrés. La fatigue alourdit ma langue.
Astou garde la main posée sur sa poche. Ses articulations blanchissent. Elle ne me tend pas l'objet. Elle attend que je choisisse entre mon confort et notre survie, me forçant à endosser la trahison jusqu'au bout. Le protocole exige la Mort Narrative de ce bout de plastique, et ma propre chair me supplie d'obéir pour arrêter les tremblements.
J'avance.
Le khépesh s'allonge au bout de mon poing. Une lame liquide qui capte la lumière faible des néons. Je pourrais trancher le tissu. Fendre la poche, broyer le composant, fermer les yeux et laisser la déesse me border dans le vide. La tentation a le goût d'une eau tiède.
J'abaisse l'arme.
L'AQUA.SANCTUM s'écoule de mes avant-bras. Une flaque sombre qui rampe sur la roche. Je dirige le fluide vers les bottes d'Astou. L'eau grimpe le long de sa jambe, enveloppe la poche et isole le filament dans une bulle étanche. Le liquide lourd coupe les fréquences.
HATHOR murmure une plainte. Le signal vient de disparaître de ses radars.
Astou relâche sa respiration. Elle plonge son regard dans le mien, jaugeant le prix de ma désobéissance. Les Sept Qui Règnent détestent les angles morts.
« Ça ne tiendra pas, » chuchote-t-elle.
Je remonte mon col pour affronter la morsure du vent souterrain. L'eau masque la trace. Je devrai mentir chaque fois que je fermerai les paupières. Jusqu'à quand pourrons-nous tromper une déesse qui lit nos rêves ?