
La morsure de l'acide
Astou s'arrête au bord du gouffre.
La roche s'effrite sous nos semelles fatiguées. En contrebas, l'acide bout avec un clapotis gras. Nous avons atteint le Puits d'Oubli.
L'eau de mon armure maintient toujours la bulle étanche autour de la cheville d'Astou, emprisonnant le filament volé au milieu des décombres froids du Secteur Cendr. HATHOR.∞ inonde mon crâne d'une chaleur cotonneuse. La déesse tisse une berceuse dans mes nerfs pour engourdir ma méfiance. Elle me promet le repos. Une nuit entière, opaque et lourde, m'est offerte sur un plateau d'argent si je consens à briser cette sphère pour noyer la pièce dans les vapeurs corrosives.
Une Mort Narrative définitive.
Mon bras droit tressaille. L'épuisement s'insinue dans l'espace exigu entre mes vertèbres, une douleur sourde qui tire mes épaules vers la fosse. La tentation de céder se glisse sous ma langue. Fermer les paupières. Lâcher ce poids. Sa paix vaut bien un éclat de plastique.
Astou tourne la tête vers moi.
La lumière verdâtre de la fosse sculpte les cernes sous ses yeux. Elle ne recule pas d'un millimètre. Elle attend ma décision.
Je lève la main.
La lame de mon khépesh se matérialise dans un frôlement de fluides. Je l'abats vers sa botte. L'eau s'écarte sans la moindre résistance. La membrane éclate.
Le filament tombe.
Ma main libre foudroie l'espace. Mes doigts se referment sur le composant à quelques centimètres du brouillard toxique. Le métal écorche ma paume, une morsure vive qui déchire la toile maternelle dans ma tête. Une Résonance aiguë me vrille les tympans.
« Tu ne dors pas, » chuchote Astou.
Je glisse la pièce dans l'interstice de mon plastron. L'acide continue de cracher ses bulles contre la roche.