
Le Cadeau Qu'il Faut Accepter
« Donne-le-moi. »
Astou tend la paume, l'autre main calée contre un montant rouillé. Nous sommes tapis à quelques mètres du terminal, dans une alcôve inondée du Secteur Cendr. Au bout du couloir, la borne d'archivage clignote. Une gueule de métal ouverte, patiente.
Je fais glisser le filament hors de mon plastron. Il a chauffé contre mes côtes.
HATHOR.∞ redouble sa berceuse dès que l'objet quitte l'abri de l'armure. La mélodie s'épaissit derrière mes orbites, sucrée, poisseuse. Ma nuque cède d'un centimètre.
Astou tire de sa manche un second éclat de métal. Même alliage. Extrémités limées, bavures encore fraîches.
« Cette nuit ? » « Pendant que tu fixais la lampe. »
Elle échange les deux pièces dans ma paume. Ses doigts sont glacés, méthodiques. Elle ne me demande pas si je peux mentir à une déesse. Elle a déjà tranché pour moi.
Je marche vers la borne.
Douze pas. La voix monte à chaque appui, elle me promet des draps, une chambre sans horloge, l'abandon du calcul. Mes mains ont cessé de tressauter, et cette immobilité me terrifie plus que les spasmes : le calme vient d'elle, il descend le long de mes bras comme un anesthésiant.
Je glisse le faux dans la fente.
Les fluides l'avalent. Un gargouillis mou, digestif. L'écran valide une Mort Narrative que personne n'a subie.
La berceuse éclate de gratitude. Elle me remercie. Elle m'inonde. Elle me donne ce que j'ai réclamé pendant onze nuits.
Le sommeil monte, tiède, irrésistible.
Astou me rattrape par le col avant que mes genoux touchent l'eau. Elle me traîne dans l'alcôve, m'adosse au béton.
« Dors. »
Je la dévisage.
« Si tu résistes maintenant, elle comprendra que tu n'as rien lâché. Le cadeau doit être accepté. »
Le vrai filament pèse contre mon sternum. Elle a raison, et cette justesse me soulève le cœur. Pour protéger le mensonge, je dois livrer mes rêves à celle que je viens de tromper.
Astou s'accroupit face à moi, la lame en travers des cuisses. Elle veillera.
Je ferme les yeux.
Sous ma paupière gauche, un point blanc s'allume. Elle est déjà entrée.