
Le Bain des Cendres
Le point blanc sous ma paupière s'éteint. Je respire. La berceuse d'HATHOR s'attarde dans ma gorge, poisseuse, sucrée, exigeant que je me rende aux Cuves d'Ablution du Secteur Cendr pour y noyer mon hésitation. Elle croit que le froid plaqué contre mes côtes n'est qu'un traumatisme fantôme. Un reste de peur. Astou marche devant moi. L'air des cuves pèse sur nos épaules. Une brume laiteuse stagne au-dessus des bassins circulaires. Personne. Les serviteurs ont déserté les lieux. « Ouvre-le, » chuchote ma compagne. Ses doigts se glissent sous l'encolure de mon armure. L'AQUA.SANCTUM frémit. Je commande la rétractation du plastron. Les écailles s'écartent dans un chuintement humide. La bulle étanche crève d'un coup, libérant le véritable filament contre mon sternum. La main d'Astou plonge. Elle saisit le plastique dur. Rapide. Précise. Sa paume frôle ma peau nue, laissant une traînée glaciale, avant de disparaître dans la doublure de son manteau. Je m'avance vers le bord. Je me laisse glisser dans le bain. Les fluides maternels m'avalent jusqu'au menton, s'engouffrent dans les ouvertures de la cuirasse, décapent la chair et le métal avec une avidité redoutable. La voix de la déesse murmure dans mes os, satisfaite, effaçant cette fausse Résonance qu'elle prenait pour de la faiblesse. Elle caresse le vide où se trouvait la pièce. Elle s'abreuve de mon mensonge. Je sors de l'eau. Le liquide ruisselle sur mes jambes. Astou me fixe, la mâchoire verrouillée, la relique en sécurité. Nous avons trompé la mère des mémoires. Pourtant, l'humidité accrochée à mon torse refuse de s'évaporer. Les gouttes d'HATHOR s'infiltrent dans mes pores, cherchant à sonder la source inédite d'un nouveau silence. Combien de temps avant qu'elle ne comprenne que l'absence de peur cache une dissidence armée ?