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Un homme en armure d'écailles bleues regarde une femme recoudre la doublure d'un manteau, assise sur une caisse dans un entrepôt humide.

Coudre par-dessus le mensonge

Astou a cassé son aiguille.

Le morceau lui reste entre le pouce et l'index, minuscule, et elle le contemple avec une hostilité de mécanicienne trahie par son propre outil. Nous ne parlons pas depuis le matin. Elle recoud la doublure de son manteau, assise sur une caisse retournée, dos au mur suintant d'un entrepôt du Secteur Cendr que personne ne réclame.

HATHOR.∞ me chante de dormir.

Je ne dors pas. Je regarde ses doigts. Elle tire le fil trop fort, toujours, les points se resserrent et gondolent l'étoffe. Ndeye comptait, elle. Astou, non. Elle coud comme on referme une plaie sur un champ de bataille : vite, moche, en priant que ça tienne.

« Donne. »

Elle me tend l'aiguille de rechange sans lever la tête.

Mes mains connaissent trente-deux façons de désarticuler un homme. Elles ne savent pas enfiler un fil. Je m'y reprends à quatre fois. Le chas se dérobe, la fibre s'effiloche, je mouille l'extrémité entre mes lèvres comme j'ai vu faire quelqu'un, quelque part, dans une vie qui ne m'a jamais appartenu.

Ça passe.

Astou regarde. Elle ne commente pas. Elle reprend l'aiguille, et nos doigts se touchent une seconde de trop.

Le froid est là. Entre nous, dans la doublure, sous le tissu qu'elle recoud par-dessus la pièce que nous avons volée. Elle porte le mensonge cousu contre sa hanche. Moi, je porte la Mort Narrative qu'HATHOR croit avoir accomplie, un creux tiède dans ma poitrine, une cicatrice qu'elle caresse chaque nuit avec fierté.

L'humidité de l'AQUA.SANCTUM continue de suinter entre mes écailles. La déesse cherche. Elle palpe. Elle ne trouve qu'un homme fatigué qui n'arrive pas à coudre.

Astou noue son dernier point. Elle mord le fil.

« Tu trembles moins. »

« Je dors moins. »

Elle enfile le manteau. La doublure bâille encore d'un côté.