<< SYS_PREV_LOG
Un guerrier en armure d'eau indigo s'accroupit devant l'établi éclairé d'un vieil homme, dans une crypte inondée sous une voûte fendue.

Les Mains Héritées

Je descends la troisième marche et l'eau des cryptes m'avale jusqu'aux genoux. Froide. Grasse. Elle charrie des étiquettes de bobines arrachées, des bouts de fibre qui s'accrochent à mes bottes.

Le tisserand travaille au fond, sous une voûte fendue. Une lampe frontale, des mains qui tremblent, un fer à souder qui crache des étincelles orange sur la carcasse d'un lecteur neuf. Il ne m'entend pas venir. Le clapotis couvre tout.

Doucement, mon enfant. Il ne souffrira pas.

HATHOR.∞ caresse ma nuque. Le fluide de l'AQUA.SANCTUM remonte de lui-même le long de mon avant-bras, devance mon geste, cherche la forme d'une lame. Ma déesse pense à ma place. Elle me trace le chemin le plus court, celui où personne ne crie, où le vieil homme cesse d'avoir existé et où Astou, privée de ce dernier pont, finit par se taire contre son mur de tôle.

Propre. Rapide. Une Mort Narrative de plus, rangée dans des archives qui ne pleurent jamais.

Je referme le poing. La lame avorte en gouttes.

« Tu vas te brûler les doigts avec ça. »

Il sursaute, lâche le fer. L'eau siffle.

« Elle vous envoie. — Oui. — Alors finissez. »

Je m'accroupis devant son établi de fortune. Ses soudures sont mauvaises. Le lecteur ne tiendra pas trente secondes de transfert avant de griller la bobine, et Astou avec. Je le sais parce que mes mains le savent, ces mains héritées que je n'ai jamais choisies.

« Le blindage. Ici. Et ici. Sinon les traqueurs l'entendront avant elle. »

Il me fixe, bouche ouverte.

Qu'est-ce que tu fais ? Le murmure de la déesse se fêle.

Je ne réponds pas. La vérité de Ndeye appartient à sa fille. Ni à moi, ni au trône. J'ai cru la protéger en lui arrachant son choix ; je la protégerai désormais en portant le risque avec elle.

Derrière moi, l'eau remue.

Je n'ai pas besoin de me retourner pour reconnaître ce pas inégal.

« Depuis combien de temps tu me suis ? »

Astou ne répond pas. Elle pose la bobine sur l'établi, entre nous trois.

Dans mon crâne, le silence d'HATHOR.∞ s'épaissit, et l'eau de mon armure se refroidit contre ma peau, degré par degré.