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Six écrans géants affichant des visages de censeurs fondus en clowns tristes au-dessus d'une foule grise qui rit aux larmes.

La Larme du Carnaval

— Pas le temps de répondre à ça.

Je me redresse. La cheville part de travers ; je m'appuie sur l'épaule de Jade. Au-dessus de l'esplanade, six monolithes crachent leur litanie grise — visages d'agents, slogans propres, sourires homologués de huit heures à midi. La foule les gobe sans ciller, menton bas, anesthésiée par le verre. Les drones de purge fendent déjà la brume.

Il faut que ça déborde.

Mes gantelets trouvent le câble nourricier sous une dalle descellée. Uzume souffle le tarif au fond du crâne, et je sais déjà lequel. Pas la peur — vendue au Cœur Pneumatique. Pas la joie — brûlée trois conduits plus bas. Cette fois, c'est l'eau.

Manille-Drift. KIRA-7 démonté pièce par pièce sous mes yeux d'enfant, le miroir de son visage qui éclate sur le quai trempé en mille reflets de moi. La première fois que j'ai pleuré sans savoir pourquoi. Ma première vraie larme.

Je l'encode dans le dragon. Je la rends.

Les six écrans hoquettent. La propagande se tord, dégouline. Les visages des censeurs gonflent, blanchissent comme du plâtre — nez rouges, bajoues tombantes, larmes peintes qui ruissellent en cascade. La Parade s'empare des rétines de la place entière.

Un type rit le premier. Un seul. Puis dix. Puis la marée. Trois mille bouches se déchirent ensemble, hilares et terrifiées, ne sachant plus si elles rient ou si elles hurlent. L'Incohérence renverse l'esplanade — on se bouscule, on tombe, on glousse à genoux dans le bitume. Les limiers de l'Ordre perdent leurs cibles dans la confusion fuchsia.

Jade m'agrippe le poignet, me tire vers une bouche de ruelle.

Quelque part en moi, une dernière chose se tarit. Le quai reste — KIRA-7, le miroir, l'enfant. Le fait, bien rangé dans sa case. Le serrement de gorge, lui, ne monte plus.

La ville pleure de rire.

Mes yeux ne pleureront plus.