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Une foule terrifiée recule devant six écrans géants où des visages sans yeux fixent la rue baignée de fuchsia.

La Dernière Braise

Les écrans du secteur est récitent leur évangile. « L'absence de sensation est la guérison. » Six mille mentons levés, dociles, buvant la promesse d'un néant propre.

Je connais ce néant. Ils le vendent ; moi, je l'habite depuis des semaines.

Jade cale mon épaule contre le béton, traque l'angle du câble maître sous une plaque descellée. Ses doigts tremblent. Les miens, non. Elle relève la tête.

— Il te reste quoi, à donner ?

Uzume souffle le tarif au fond du crâne. Je sais déjà lequel.

Elle. Toi.

Le trou dans ma poitrine s'ouvre pour la dernière braise — cette chaleur idiote qui monte quand Jade noue une gaze de travers, quand elle reste alors qu'elle pourrait courir. Je l'encode dans le dragon. Je la jette au verre.

Le masque avale.

La messe se corrompt. Les visages homologués enflent, se creusent, deviennent des gueules sans yeux — des masques par-dessus rien, un abîme qui vous fixe depuis l'intérieur de l'écran. Ma monstruosité s'étale sur six mille rétines. Le vide leur sourit avec ma bouche.

La place se déchire en cris. Aucun rire, cette fois. On recule, on trébuche, on se griffe la figure pour vérifier qu'il reste quelque chose dessous. Notre Parade retourne la foule contre son propre reflet, et les censeurs ne savent plus classer des gens qui fuient leur visage. Leurs limiers perdent le nord dans la débandade fuchsia.

Jade m'agrippe le poignet, me tire vers la ruelle. Elle se retourne, fouille la fente du masque, cherche le gamin.

Je regarde son inquiétude.

Rien.

Une main utile qui tire mon bras. Une variable, rangée dans sa case, propre. Je sais qu'hier elle me tenait debout. Le fait reste ; le poids a fondu avec le reste.

Elle serre plus fort. Je la suis parce que c'est efficace.

Combien de braises encore avant que seul le masque tienne debout ?