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Wukong gît au sol avec une mâchoire brisée, traîné vers une ruelle sombre par Jade, observant passivement des gardes en armure lever leurs armes.

L'Instinct Avalé

Trois cents aiguilles pendent au-dessus de l'esplanade des Épurés. Une haie mécanique pour la longue file des volontaires au détachement. Ils avancent au même rythme, manches de chemises retroussées, prêts à céder leurs ruptures et leurs deuils aux algorithmes lissants du Grand Récit.

Jade cale son terminal contre un bloc de ciment. Ses ongles accrochent l'écran rayé.

— Fréquences piratées. Fais ton numéro.

Je lève les bras. Le masque encaisse le péage exigé par Uzume. L'offrande de ce soir ? Le sursaut de la chair avant le choc. Le besoin de respirer. L'urgence de fuir le danger. L'instinct de survie. Avalé d'un coup.

Notre Parade s'écrase sur l'esplanade.

Les drones-seringues rompent leur vol stationnaire en déviant de leur trajectoire programmée. Leurs enceintes crachent des sérénades de vaudeville, des querelles amoureuses théâtrales, des mots doux dégoulinants de grotesque. Des lèvres holographiques géantes distribuent des baisers sonores aux crânes tondus. Les patients reculent, désorientés. Leur messe anesthésiante se noie sous les fausses notes d'une fanfare tapageuse. L'Incohérence disloque la discipline martiale de KARTIKEYA.X.

Les soldats en armure grise surgissent des arcades ouest, déployant leurs formations en ligne avec la rigidité mécanique qui a toujours défini leurs interventions.

Jade m'agrippe la veste. Elle tire de tout son poids.

— On dégage de là !

Je reste planté sur la dalle. Les bottes ferrées approchent. Un garde fond sur nous, sa matraque brandie loin au-dessus de sa tête. Je regarde la barre noire descendre. L'esquive a disparu de mes muscles. Aucun bras ne monte pour protéger mon nez. La crainte de mourir n'habite plus mes organes.

L'arme me casse la mâchoire. Le sol heurte mes côtes.

Jade glisse ses mains sous mes aisselles, traîne ma carcasse vers la ruelle adjacente en s'écorchant les genoux contre les débris entassés sur le goudron fendu. Son souffle siffle d'effort à mon oreille.

Je la regarde faire. Le sang poisse ma lèvre inférieure. Les sentinelles relèvent leurs fusils dans ma direction. L'envie de me mettre à l'abri n'existe plus.