
Le Vent du Silence
Les lourdes plaques s'abattent dans notre dos. Une. Puis une autre. Le système verrouille le bloc clinique et purge la ventilation, condamnant cette section à l'asphyxie. Jade trébuche contre mon flanc, les deux mains crispées sur sa gorge, cherchant l'oxygène que les extracteurs ravalent goulûment. Moi, je marche sans respirer. La mécanique de mon corps ignore cette alarme biologique, nourrie par le Perflubron qui glisse sous ma peau. Elle s'étouffe. Il faut casser le circuit. Le terminal de pressurisation luit au bout du corridor. Une console incrustée dans le mur. J'écrase le verre synthétique d'un coup de poing. J'enfonce ma main gauche, celle dont les articulations sont déjà à vif, directement dans la matrice de contrôle. Les fils écorchés de ma propre chair s'emmêlent aux câbles de l'installation. La morsure électrique cloue mes bottes au carrelage. Je force la logique des valves à s'inverser. Les conduits s'affolent. L'Incohérence dévore le réseau, gave les tuyaux d'un typhon absurde. L'air afflue en trombe. La pression gonfle l'architecture métallique jusqu'à ce que la dernière porte coupe-feu explose sous la bourrasque. Une tempête de débris et de vent glacé balaie le sas. Jade tombe à genoux. Elle avale l'air par grandes goulées, les yeux fermés. Ses joues perdent leur pâleur cadavérique sous la crasse chirurgicale. Je la tire par la manche pour la forcer à se relever face à la brèche. Elle fixe mon masque rose. — Tu nous as presque tués. Je prépare la riposte idéale, la pique sarcastique censée clore la scène. Mes lèvres s'écartent derrière le métal. Ma gorge se contracte pour balancer la blague. Il n'y a aucun son. L'envie de rire, le timbre de ma voix, l'élan de la moquerie ont été arrachés de mes cordes vocales. Mon paiement à la machine. Je secoue la tête en silence et lui montre la sortie du doigt.