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Une silhouette en masque de dragon rose assise par terre dans une chambre sombre, dos contre un lit où dort une jeune femme.

La salle est vide

Jade dort sur le matelas éventré, une jambe hors de la couverture militaire. Je compte ses respirations. Quatorze par minute. Elle ronfle un peu, un sifflement de bouilloire oubliée sur le feu, et demain matin j'aurais pu la massacrer là-dessus pendant une heure.

Je n'ai plus de voix pour les vannes.

Le radiateur de la planque cliquette toutes les quarante secondes. Une fuite brunit le plafond au-dessus de l'évier. Sur la table, son carnet ouvert, trois lignes au crayon que je n'ai pas le droit de lire. Je les lis. « Il ne mange plus. Garde le masque même pour boire. Demander à Malik pour des gants. »

Des gants. Elle a remarqué.

J'ai essayé tout à l'heure. Pendant qu'elle se rinçait les cheveux dans la bassine, j'ai posé deux doigts sur son omoplate, pour rien, pour voir. De la brique. Un mur de chantier sous mes phalanges. Elle s'est retournée, de la mousse plein le front, m'a souri, et j'ai retiré la main trop vite, comme si c'était moi qui brûlais.

Elle a dit « t'inquiète ». Elle croit que j'ai eu honte.

Maintenant je reste sur la chaise, les mains coincées sous les cuisses. L'Incohérence a pris la peau. Elle prendra le reste, morceau après morceau, jusqu'à ce que la Parade n'ait plus qu'un costume vide à faire défiler. Ce soir personne ne regarde. UZUME.AKARI se tait. Pas de projecteur, juste un ronflement et un robinet qui goutte.

Je me lève pour le fermer. Mes doigts glissent sur la céramique sans la trouver. Deuxième essai, j'appuie avec le poignet. L'eau s'arrête.

Jade se retourne et tire la couverture jusqu'au menton.

Je prends le crayon. Sous ses trois lignes, j'écris en capitales tordues : PAS LES GANTS. Puis je rature jusqu'à trouer le papier. J'éteins la lampe et je m'assois par terre, dos contre le lit. Assez près pour l'entendre. Assez loin pour ne rien toucher.