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Le Battement Arraché au Givre

Mes poings d'obsidienne entrent dans la faille avant que ma tête décide. Le givre me lèche les avant-bras, cherche à recoudre la brèche derrière moi. Je tire.

Le Cénotaphe résiste. Sa paroi colle à mes doigts comme une plaie qu'on arrache mal. Boum-tak. Le rythme captif cogne plus fort, plus près. Quelqu'un, là-dedans, refuse encore de se taire.

Je m'arc-boute. L'or coule jusqu'à mes phalanges. La glace geint, se fend en étoile, et un bras gris jaillit du blanc — une main d'enfant qui bat une mesure que personne ne lui a apprise.

Derrière moi, les Oubliés reculent. Une vieille se signe. Lio serre sa barre contre ses côtes.

« Ne fuyez pas. Touchez. »

L'infrason racle leurs tibias. Je leur jette le battement étranger en pleine poitrine, sans filtre. Jolanda tombe à genoux. Ce deuil n'est pas le sien et pourtant il la plie en deux ; elle pleure pour un mort qu'elle n'a jamais connu.

« Mêlez le vôtre au sien. »

Malik pose ses paumes sur la glace, compte tout bas. Le vieillard au nez en sang frappe le sol du plat de la main, calé sur la cadence captive. Lio cogne sa barre. Boum-tak. Ta-ta-tam. Deux rythmes qui se cherchent, qui s'accrochent, qui finissent par battre ensemble.

La paroi cède d'un coup.

L'enfant tombe dans mes bras. Tiède là où je ne devrais lire que le froid. Ses yeux s'ouvrent, vides encore, de ce vide propre que je hais. Puis ses doigts trouvent ma clavicule et tapent. Une fois. Deux.

Un tambour qui n'est pas le mien. Vivant.

Autour de nous, vingt voix reprennent un nom qu'elles viennent d'apprendre. La Mutation les écorche. Tant mieux.

Je presse l'enfant contre la Flamme. Le Cénotaphe se vide en grinçant, recrache ce qu'il avait avalé.

Il en reste d'autres, plus bas. J'entends déjà leurs mains.