
La Fosse Blanche
L'enfant respire encore contre mon flanc quand la dalle s'ouvre sous nous. On tombe. Tous. Dans le ventre blanc.
La fosse descend plus bas que je n'osais lire. Des cryptes alignées comme des dents dans une mâchoire gelée. Chacune garde un corps. Chacune garde un nom qu'on a coupé du monde.
Mes poings d'obsidienne fument déjà.
« Plus bas. On descend. »
Lio claque des dents. Le vieillard tient sa jambe folle. Jolanda regarde l'escalier de glace qui plonge dans le noir et je vois sa gorge bouger, l'envie de remonter vers l'air, vers la surface, vers l'oubli tiède.
Je lui prends la main. Je la pose sur la première crypte.
« Tu le sors. Toi. Pas moi. »
Elle proteste sans mots. Ses doigts brûlent contre le givre, la peau accroche, elle saigne. Tant mieux. Je ne fonds pas la glace pour eux. Je chauffe l'air, juste assez pour qu'ils tiennent, et je les laisse gratter, arracher, tirer le mort à la force de leurs bras.
Le premier corps cède dans un bruit de racine qu'on déterre. Un homme, sec, les paupières blanches. Lio le reçoit et tombe à la renverse sous le poids. Il pleure. Il ne lâche pas.
Boum-tak.
Je frappe la fosse entière de mon infrason. La cadence remonte dans leurs os, dicte le travail. Une femme ouvre la deuxième crypte. Malik compte les niches à voix basse — douze, treize, quatorze — et chaque chiffre est une tombe qu'on rouvre.
Les Oubliés montent les corps un par un. Les épaules cèdent. Les mains se fendent. Personne ne fuit l'engelure.
L'enfant que j'ai sauvé bat la mesure sur ma clavicule, sans s'arrêter, comme s'il guidait les vivants vers ceux qu'on leur a volés.
Au fond de la dernière crypte, je lis une chaleur que je connais. Trop fine. Trop propre. Un tambour, taillé dans le silence.