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Un guerrier à la main d'obsidienne incandescente observe dans la pénombre une femme qui bande ses paumes en sang.

Les Mains Inutiles

Les blocs de béton ne bougent plus. Le nuage gris nous recouvre, collant à la sueur et au sang.

L'enfant rescapé respire contre mon flanc. Ses petites côtes s'enfoncent dans ma cuirasse, un rythme faible qui cherche encore sa place dans le monde des vivants. Je bride ma température. Juste assez pour le réchauffer sans le cuire. La Flamme exige de l'air, du mouvement, de la chair à transformer, et je l'écrase sous une chape de volonté muette pour qu'elle se contente d'être un poêle de fortune.

Jolanda s'assoit à trois pas dans les gravats. Elle déchire une bande de chemise avec les dents. Ses paumes sont un champ de ruines, la peau arrachée par la glace pour avoir libéré le bois et la peau tendue. Elle enroule le tissu autour de sa main droite. Le nœud glisse. Elle tire, rate la boucle, et sa mâchoire se verrouille sur un juron qu'elle ravale.

Mon bras d'obsidienne se lève. Je veux l'aider. L'air crépite autour de mes doigts noirs qui virent au rouge sombre dans la pénombre, trahissant la forge qui bat sous mes os.

Je suspends mon geste. Si je touche ces plaies à vif, je vais les cautériser. Mon don ne laisse aucune place au soin. La Mutation m'a conçu pour détruire ou pour forger, jamais pour panser une blessure. Je laisse retomber mon poing sur ma cuisse.

Jolanda capte le reflet orange qui meurt.

« Garde ton feu, gamin. »

Sa voix racle sa trachée pleine de poussière.

« J'ai besoin de mes doigts souples, pas soudés par un dieu. »

Elle bloque l'étoffe sous son genou et serre la toile d'un coup sec.

Le tambour repose entre nous. Marisol se serait moquée de ma carrure de géant inutile, incapable de nouer un bout de chiffon sans déclencher un incendie. Autour de l'instrument, les Oubliés dorment. Lio a posé sa tempe directement sur le cerclage de bois. Leur respiration collective emplit la caverne écrasée. Une chorale éreintée, têtue, qui crache sur la Stabilité en refusant de crever.

Je diffuse ma chaleur dans la pierre nue pour tiédir le sol, et je regarde le sang sécher sur le bois.