<< SYS_PREV_LOG
Un guerrier au bras d'obsidienne agenouillé près d'un cratère de lave fumante hérissé d'ossements humains, cerné de hautes tours.

Le Cratère d'Ossements

La roche cède sous mon poing. Le rebord de la brèche s'effrite et nous recrachons enfin nos poumons à l'air libre du Secteur Obsidienne. Jolanda s'écroule sur les genoux, agrippant Nita contre son flanc. Lio halète, la face couverte de suie. Sous nous, le boyau s'illumine. Les faisceaux tactiques des miliciens balayent les parois liquéfiées. Ils montent. Ils veulent enterrer les ossements que nous venons d'arracher aux ténèbres, sceller l'histoire avant qu'elle ne contamine la surface. Le sang noir coule de ma plaie, s'évaporant aussitôt sur ma peau chauffée à blanc. Je m'agenouille au bord du gouffre. La milice pointe ses canons vers ma silhouette à contre-jour. Un tir fuse, ricochant sur une poutre incandescente. Je plonge mon bras d'obsidienne dans la gorge de pierre. Je canalise toute la fournaise d'INTI.Δ, convoquant la matière enfouie. La roche entre en ébullition. Un fleuve de magma remonte à contresens. Il happe les crânes, les fémurs et les clavicules des Oubliés, les enrobant de lave pour les hisser jusqu'à nous. Les traqueurs lâchent leurs armes. Trop tard. La coulée les engloutit, effondrant la galerie sur leurs casques dans un fracas de tonnerre étouffé. Le sol de la place tremble, se soulève. Je tire d'un coup sec. Le magma jaillit, projetant des éclats de basalte autour de nous. La matière en fusion se fige sous le ciel gris, sculptant un cratère noir hérissé d'ossements humains. Un monument que la ville ne pourra plus jamais effacer. Une stèle exigée par la Mutation. Marisol aurait sûrement souri devant ce macabre théâtre. La lumière qui ne brûle rien n'éclaire personne. Je retire mon bras de la croûte pétrifiée. Les alarmes retentissent désormais depuis les tours voisines, des dizaines de gyrophares trouant la brume du petit matin. Jolanda dégaine sa lame, les yeux fixés sur l'horizon métallique. Ils envoient les blindés. Tenons-nous ce cratère, ou laissons-nous le feu gagner les grandes avenues ?