<< SYS_PREV_LOG
Zumbi.Nova lève son bras de verre noir incandescent face à un arc de chars blindés gris, au milieu d'une foule en colère sous une pluie d'étincelles.

L'Incendie des Oubliés

Je plonge mes doigts nus dans l'entaille de mon flanc. Le sang poisse, épais, noir, déjà refroidi par l'ombre de ce conduit de ventilation. Garder ma fièvre sous clé pour protéger Jolanda et les enfants ? Un tombeau de confort. Une insulte à la Flamme.

Ma sœur tapait sur ses bidons rouillés pour crever l'anesthésie de notre enfance. Elle m'a appris le vacarme. Le rythme interdit qui cogne contre la résignation.

Je me redresse d'un bloc.

L'infection de ma plaie devient mon carburant, alimentant le verre de mon bras droit qui s'embrase sous la charge thermique. Je défonce la grille d'un coup d'épaule. Nous émergeons dans le Secteur Obsidienne.

Les blindés de la Stabilité forment une mâchoire d'acier autour de la place, leurs tourelles alignées sur la stèle d'ossements et de basalte que j'ai érigée à l'aube. Ils veulent écraser notre mémoire sous leurs chenilles. Autour des machines, une foule squelettique recule. Les Oubliés. Des têtes baissées, des regards vides.

Lio serre sa barre de fer jusqu'à s'en blanchir les phalanges. Jolanda se place à ma gauche.

Je m'avance au milieu de l'avenue et j'ouvre les vannes de ma propre blessure. La température explose. Une vague suffocante balaie la place. Dans mes os, la cadence de Marisol dicte le flux de l'incendie. Boum-tak. Boum-tak. L'air se distord. Je lève mon poing instable vers le ciel de suie.

Le magma de la stèle s'éveille en écho, crachant une pluie d'escarbilles rouges qui retombent sur la foule. L'averse incandescente refuse de les calciner. Elle réveille la chair. La fournaise avale la peur pour y substituer une rage animale. Des mains noueuses ramassent des blocs de ciment arrachés à la chaussée. Un grondement rauque monte des poitrines. La Mutation prend enfin racine dans des milliers de ventres affamés, un océan de colère qui se dresse face à l'ordre.

Les canons pivotent vers moi. L'officier aboie son ordre de tir. Les plaques de blindage tiendront-elles quand la rue entière se changera en brasier ?