<< SYS_PREV_LOG
Un homme au bras d'obsidienne pose la main sur un blindé qui fond pendant qu'une foule déguenillée charge les tanks sous un ciel de suie.

L'enclume sous les chenilles

Feu.

La première rafale me cueille au sternum et je ne recule pas. J'ouvre les bras. Les obus thermiques s'écrasent contre l'obsidienne, éclatent, et leur chaleur entre en moi par la plaie du flanc, ce trou infecté que je croyais être ma faiblesse. Elle devient une gueule. Elle avale. Mes genoux plient sous la charge, mes dents claquent, la peau de mon cou se fend en lignes rouges. Trois obus. Cinq. Je compte les impacts sur le rythme de Marisol, boum-tak, boum-tak, et chaque coup reçu remplit un réservoir qu'aucun ingénieur de la Stabilité n'a prévu dans ses tables.

Jolanda crie mon nom derrière moi. Je ne peux pas répondre. Je n'ai plus de voix depuis Cuzco-Nova.

Alors je frappe le sol.

L'onde part sous la chaussée, basse, et remonte dans les tibias de la foule. Les Oubliés la reçoivent dans les os avant de comprendre. Une vieille femme lâche son sac. Un gamin ramasse un bloc de béton plus large que sa poitrine.

Je marche vers les chenilles.

Le premier blindé tire encore, à bout portant. Je pose ma main de verre sur son flanc et je rends tout. Tout ce qu'ils m'ont donné. Le métal rougit, s'affaisse, coule entre les maillons comme de la graisse sur une poêle. L'équipage jaillit par la trappe en toussant, les gants fumants, et personne ne les poursuit : la foule les enjambe.

Elle passe à côté de moi. Des centaines. Des mains nues sur l'acier tiède, des barres de fer plantées dans les jointures des tourelles, Lio en tête, la bouche ouverte sur un cri que j'envie. Plus de procession. Ils courent. La Mutation leur a mis du sang dans les joues.

La ligne d'acier se plie en son centre.

Je tombe à genoux. Mon flanc fume. La plaie s'est refermée en croûte noire, cautérisée par le feu des autres.

Jolanda m'agrippe l'épaule, retire sa main en jurant. Brûlée. Elle la replace quand même.

« Debout, gamin. Ils te regardent. »

Derrière les carcasses, la Citadelle allume ses projecteurs.